Loi 19.25 sur les animaux errants : ce qui change pour toi

Le Maroc s'est doté d'une nouvelle loi sur les animaux errants. Elle a été promulguée par le dahir n° 1.26.55 du 28 juillet 2026 et publiée au Bulletin officiel n° 7533. Elle ne concerne pas seulement les chiens des rues : si tu as un chien ou un chat à la maison, elle te crée aussi des obligations concrètes.
Voici ce qu'elle prévoit, expliqué calmement, sans dramatiser et sans minimiser.
Cet article est une information générale, pas un conseil juridique. Les modalités pratiques se mettent en place progressivement. Pour ta situation précise, rapproche-toi de ta commune, de ton vétérinaire, ou consulte le texte officiel au Bulletin officiel.
En bref
- La loi organise la capture, les soins, la vaccination, la stérilisation, la remise en liberté et l'adoption des animaux errants, via des centres dédiés.
- Si tu as un animal : tu dois le déclarer, tenir un carnet sanitaire, et faire en sorte qu'il porte en permanence son numéro d'identification.
- Des délais courts s'appliquent : 24 heures pour un changement de propriétaire, 3 jours pour déclarer une perte, 10 jours pour récupérer un animal placé en centre.
- Nourrir un animal errant dans l'espace public est désormais passible d'une amende de 500 à 2 000 dirhams. C'est la mesure la plus discutée.
- La maltraitance est lourdement sanctionnée : 2 à 6 mois de prison et 5 000 à 20 000 dirhams.
Ce que la loi appelle un "animal errant"
La définition est plus large qu'on ne l'imagine. Est considéré comme errant un animal qui se trouve, de manière temporaire ou permanente, dans un espace public sans le contrôle ni la surveillance de son propriétaire ou de son gardien.
Cela vise la rue, mais aussi les immeubles d'habitation collectifs et les lieux ouverts au public. Autrement dit, un chien qui sort seul dans la cage d'escalier ou qui divague dans le quartier peut entrer dans cette définition, même s'il a un foyer.
C'est le point que beaucoup de propriétaires sous-estiment.
Ce qui change si tu as un chien ou un chat
C'est la partie qui te concerne directement. La loi crée quatre obligations principales.
1. Déclarer ton animal
Chaque propriétaire doit déclarer les animaux qu'il possède via un service électronique national prévu par la loi. Après la déclaration, l'animal reçoit un numéro d'identification.
2. Faire porter le numéro en permanence
Le propriétaire doit faire en sorte que l'animal porte ce numéro d'identification de manière permanente. En pratique, cela renvoie à l'identification durable de l'animal, ce que ton vétérinaire fait déjà couramment par puce électronique.
3. Tenir un carnet sanitaire
Chaque animal doit avoir son carnet sanitaire. Si ton animal est suivi par un vétérinaire, tu en as probablement déjà un. C'est le moment de vérifier qu'il est à jour, en particulier pour la vaccination.
4. Tenir les informations à jour
Le propriétaire doit mettre à jour les informations concernant son animal, notamment en cas de décès ou de maladie grave.
Les délais à retenir
La loi fixe des délais courts. Ce sont eux qui piègent le plus facilement un propriétaire de bonne foi.
| Situation | Délai |
|---|---|
| Changement de propriétaire | 24 heures pour déclarer |
| Perte de ton animal | 3 jours pour déclarer |
| Animal retrouvé | 3 jours pour mettre à jour |
| Animal placé dans un centre | 10 jours pour le récupérer |
Si ton animal perdu est identifié dans un centre, le centre doit prévenir immédiatement son propriétaire. Tu disposes alors de dix jours pour venir le chercher, et tu dois payer les frais de sa prise en charge pendant son séjour. Passé ce délai de dix jours, l'animal est considéré comme abandonné.
Comment déclarer son chien ou son chat, en pratique
C'est la question la plus concrète que se posent les propriétaires, et celle sur laquelle on trouve le moins de réponses claires. Voici ce qui est certain, et ce qui reste à préciser.
Ce que la loi impose, sans ambiguïté :
- Déclarer chaque animal que tu possèdes, via le service électronique national prévu par le texte.
- Faire porter à l'animal, en permanence, le numéro d'identification qui lui est attribué.
- Tenir un carnet sanitaire à jour pour chaque animal.
- Signaler les changements : cession sous 24 heures, perte sous 3 jours, décès ou maladie grave dès que tu en es informé.
Ce qu'il faut vérifier localement : le service de déclaration et le réseau de centres se déploient progressivement. Ta commune et ton vétérinaire sont les deux bons points de contact pour savoir où en est le dispositif près de chez toi. Méfie-toi des raccourcis lus sur les réseaux : sur un texte aussi récent, beaucoup d'informations qui circulent sont approximatives.
Les trois gestes utiles dès maintenant, sans attendre que tout soit en place :
- Fais le point sur l'identification de ton animal avec ton vétérinaire. C'est le socle de tout le reste.
- Mets son carnet sanitaire à jour, en particulier la vaccination.
- Note les délais de 24 heures et de 3 jours quelque part. Ce sont eux qui transforment un oubli de bonne foi en amende.
Nourrir un animal errant : la mesure qui fait débat
C'est la disposition la plus commentée du texte, et il faut en parler honnêtement.
La loi interdit aux particuliers d'héberger, de nourrir ou de soigner un animal errant dans un espace public. Cette prise en charge relève désormais des centres prévus par la loi. Une personne qui nourrit, soigne ou héberge un animal errant dans l'espace public risque une amende de 500 à 2 000 dirhams.
Pour beaucoup de familles marocaines qui laissent depuis toujours une gamelle d'eau devant la porte, c'est un changement difficile à entendre. La logique du texte est sanitaire et vise à canaliser la prise en charge vers des structures qui vaccinent et stérilisent, plutôt que de laisser se former des points de regroupement non suivis.
Si tu veux aider un animal des rues, la voie prévue par la loi est le signalement, puis le relais par un centre ou par une association conventionnée avec la commune. C'est plus lent que de donner à manger, mais c'est le cadre légal.
Note pour la précision : les montants relayés par la presse ont légèrement varié sur ce point précis. La fourchette de 500 à 2 000 dirhams est celle la plus largement rapportée. En cas de doute, réfère-toi au texte publié au Bulletin officiel.
Les centres de prise en charge
La loi crée des centres chargés de capturer, ramasser, transporter, accueillir et identifier les animaux errants, de vérifier leur état de santé et leur comportement, de les nourrir, de les soigner, de les vacciner et de les stériliser.
Ces centres peuvent aussi remettre certains animaux dans leur milieu de vie ou dans un autre endroit adapté. On retrouve ici la logique de capture, stérilisation, vaccination et remise en liberté, une approche défendue de longue date par les associations de protection animale.
Les centres ont également une mission de sensibilisation des citoyens à la protection des animaux et à la prévention des maladies transmissibles de l'animal à l'homme.
Les communes peuvent travailler avec des associations, à condition qu'elles soient légalement constituées, qu'elles aient la prise en charge des animaux pour objet, et qu'elles disposent des moyens, de l'expérience et des compétences nécessaires. Leur intervention est organisée par une convention avec la commune.
L'adoption entre officiellement dans la loi
C'est la bonne nouvelle du texte, et elle passe souvent inaperçue.
Les centres peuvent remettre un animal à une personne qui souhaite le prendre en charge, après avoir vérifié que les conditions prévues sont respectées et que la personne est capable de s'en occuper. Cette remise peut se faire sans frais ou avec une participation.
Autrement dit, l'adoption d'un animal recueilli devient une voie reconnue et encadrée, et non plus un arrangement informel. Pour qui envisageait d'accueillir un compagnon, c'est un cadre plus clair et plus sûr, pour l'adoptant comme pour l'animal.
Si c'est ton cas, notre guide complet de l'adoption au Maroc détaille les étapes, et nos guides par ville t'indiquent où chercher près de chez toi : Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger, Agadir et Fès.
L'euthanasie, désormais encadrée
La loi prévoit que l'euthanasie peut être pratiquée lorsqu'un animal souffre d'une maladie ou d'une infirmité dont il ne peut pas guérir, ou lorsqu'il représente un danger pour la santé d'un autre animal. Elle doit être réalisée sous la supervision d'un vétérinaire.
Le fait de l'encadrer explicitement, et de la distinguer de la maltraitance sanctionnée par ailleurs, est un point important du texte.
Le tableau des sanctions
| Infraction | Sanction prévue |
|---|---|
| Tuer volontairement, torturer ou blesser un animal errant | 2 à 6 mois de prison et 5 000 à 20 000 DH, ou l'une des deux peines |
| Abandonner volontairement un animal dans l'espace public | 10 000 à 20 000 DH |
| Ne pas agir après un décès ou une maladie grave signalée | 5 000 à 15 000 DH |
| Ne pas déclarer la perte de son animal | 5 000 à 10 000 DH |
| Ne pas mettre à jour les informations, ne pas déposer l'animal en centre en cas d'abandon, ou ne pas lui faire porter son numéro en permanence | 1 000 à 10 000 DH |
| Nourrir, soigner ou héberger un animal errant dans l'espace public | 500 à 2 000 DH |
La sanction pour maltraitance ne s'applique pas à l'euthanasie réalisée conformément à la loi. En cas de récidive, les peines prévues sont doublées.
Des sanctions visent également les centres autorisés : de 10 000 à 25 000 dirhams s'ils ne préviennent pas le propriétaire d'un animal déclaré retrouvé, et de 5 000 à 15 000 dirhams s'ils ne mettent pas à jour les informations d'un animal abandonné.
Ce qu'il reste à préciser
Une loi publiée n'est pas une loi immédiatement opérationnelle dans tous ses détails. Les modalités concrètes, le fonctionnement du service de déclaration, le maillage des centres et les conventions avec les associations se mettent en place progressivement.
Concrètement, si tu as un animal aujourd'hui :
- Vérifie que son carnet sanitaire est à jour, en particulier la vaccination.
- Parle de l'identification à ton vétérinaire lors de la prochaine visite.
- Renseigne-toi auprès de ta commune sur les modalités de déclaration.
- Ne laisse pas ton animal divaguer seul dans l'espace public.
Ces quatre réflexes te placent du bon côté du texte, sans attendre.
Et la loi 56-12 sur les chiens dangereux ?
Elle reste en vigueur. Ce sont deux textes distincts : la loi 56-12 encadre les races de chiens interdites au Maroc, la loi 19.25 encadre les animaux errants et les obligations des propriétaires. Si tu as un chien, les deux te concernent.
Nous détaillons la première dans notre article sur les 6 races de chiens interdites au Maroc, y compris les races souvent citées à tort.
Ce que cela dit du Maroc
Au-delà des amendes, ce texte marque un changement de regard. Il reconnaît que les animaux errants sont un sujet de santé publique et de protection animale, il inscrit la stérilisation et la vaccination dans la loi plutôt que l'élimination, et il donne à l'adoption un cadre officiel.
Il crée aussi des devoirs pour ceux qui accueillent un animal. C'est cohérent avec une idée simple que nous défendons depuis le début : accueillir un compagnon n'est pas un geste d'un jour, c'est un engagement qui se prépare.
Tu hésites encore sur le compagnon qui te correspond vraiment, et sur ce que tu peux réellement lui offrir ? Trouve ta correspondance en quelques questions.
Sources
- Dahir n° 1.26.55 du 28 juillet 2026 portant promulgation de la loi n° 19.25, publié au Bulletin officiel n° 7533.
- Médias24, "Animaux errants au Maroc : ce que dit la loi 19.25", 17 août 2026.
- Le Brief, "La loi 19.25 renforce l'encadrement des animaux errants", août 2026.
Pour toute démarche officielle, réfère-toi au texte publié au Bulletin officiel et aux informations communiquées par ta commune.


